Demain, c’est Aujourd’hui #4

Scénographie Biennale Internationale Design Saint-Étienne, mars 2013

 

« La scénographie peut être abordée comme l’art de disposer les choses dans l’espace. La disposition d’objets, d’images ou de texte dans un lieu renvoie à une pratique qui était utilisée depuis l’antiquité pour favoriser l’exercice de la mémoire. Connue sous le nom de “méthode des lieux” le procédé consistait à choisir un endroit, par exemple une église, que l’on visitait plusieurs fois, toujours dans le même sens, afin de s’en forger peu à peu un souvenir très précis. Une fois l’édifice en tête, on pouvait y déposer mentalement des images, des pensées, des connaissances en les associant à des points architecturaux particuliers. Ainsi, chacun pouvait se remémorer facilement ce savoir en parcourant virtuellement l’édifice. Le but de cette pratique était d’ordonner dans l’esprit un grand nombre d’idées, afin qu’elles soient facilement disponibles et manipulables pour la dialectique,  la discussion, le raisonnement, le questionnement.

La scénographie serait une forme d’Ars Memoriae où l’espace fournit à la pensée du visiteur une organisation mentale qui lui permet de différencier les thèmes, d’ordonner les objets en facilitant la mémorisation pour, dans un second temps, permettre la réflexion. Une architecture pour la pensée.

Chez les Grecs, la scénographie est une technique de représentation en perspective des choses ou des bâtiments qui permet d’en avoir une vue simultanée de face et de côté. C’est finalement l’art d’établir un point de vue – spatial et intellectuel – à partir duquel les choses se découvrent et s’observent. La scénographie n’est donc pas uniquement un exercice de répartition spatiale des œuvres mais également l’édification d’une mise en scène qui suppose un parti-pris. Ce parti-pris est ambivalent car le dispositif scénographique doit à la fois diriger vers la compréhension objective de la chose présentée et simultanément permettre de s’en détacher pour inviter à un regard critique. Il s’exerce par ailleurs dans une forme de contradiction puisqu’il doit « recontextualiser ce qui est décontextualisé »  du fait même de l’ex-position.

En effet, une exposition de design a pour but de montrer et de faire comprendre les objets présentés. Cela nécessite d’apporter des éléments pour renseigner sur l’usage, l’environnement, les matériaux, les fonctions, la finalité d’un artefact, etc.  Le principe d’exposition est par nature contradictoire puisqu’il consiste d’emblée à sortir les objets de leur environnement tout en nécessitant les éléments de contexte nécessaire à leur compréhension. Se privant la plupart du temps de la possibilité de l’usage de l’objet, ’élément de connaissance efficace, l’exposition compense l’absence de contextualisation par un cartel plus ou moins explicite qui accompagne chaque pièce.  Une partie du jeu consiste donc à faire glisser le contexte dans l’aménagement physique tout en échappant à la stricte figuration ou au diorama. Essayer de générer une ambiance qui provoque un état d’esprit de réception, de curiosité, maintenir l’éveil et l’attention à la multiplicité des choses présentés. Pouvoir les recevoir mais aussi s’y opposer. »  GGSV.

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Commissaire/Claire Fayolle

Client/Cité du Design

Date/2013

Lieu/Biennale Internationale Design de Saint-Etienne

Equipe de création/Studio GGSV : Mathieu Peyroulet

Photos © Studio GGSV